Matthieu est parti réaliser l’ascension du Kilimandjaro

L’ascension du Kilimandjaro : histoire d’une épopée

Experience vécue et rédigée par Mathieu

Tout a commencé en décembre 2013. Lors d’un appel avec mes parents, mon père me dit :

  • « Tu te rappelles de Denis ? »
  • « Ton copain d’enfance ? « 
  • «Oui »
  • « Et ben on part avec lui et tonton faire l’ascension du Kilimandjaro, tu veux venir ?

Grimper une montagne à l’autre bout du monde ? Pourquoi pas… Je m’empresse d’acquiescer sans vraiment savoir dans quoi je m’engageais, mais c’est ce qui est marrant non ?


Kilimandjaro étape 1 : La préparation

Me voilà donc embarqué vers une expédition qui me dépasse complètement. Honnêtement, l’organisation des voyages n’est pas ma passion, bien que je sois extrêmement avide de découvrir de nouveaux pays et de nouvelles cultures. Je laisse donc le soin à Denis de comparer les agences, les différentes voies permettant de monter au sommet, de trouver les billets pour aller à destination, et de faire la liste des affaires dont nous aurons besoin etc.

Fin janvier, l’équipe est composée: Denis et Gabrielle, mon oncle, mon cousin, mon père et moi. La date de l’ascension est fixée ce sera du 4 au 14 aout 2014.

Les mois commencent à passer, bien que je sois conscient qu’une telle ascension demande un minimum de préparation, à trois mois de la date fatidique, je commence sérieusement à me poser des questions sur ma possibilité à relever ce challenge :

    • Mon père est quelqu’un de plutôt sportif. Il a déjà fait plusieurs marathons et fait plusieurs fois par semaine au moins 90km en vélo.
    • Mon oncle est quelqu’un de très sportif. Il court 20 km, trois fois par semaine pour son entraînement personnel, et vient de boucler les 100 km de Millau.
    • Mon cousin fait de l’athlétisme une à deux fois par semaine, et trouve le temps et l’énergie pour courir en plus à côté.
    • Denis est également un marathonien, et a l’habitude de la marche en montagne
    • Gabrielle a également pas mal d’expérience dans la marche en montagne, et a pris un coach sportif pour préparer l’évènement.
    • Moi, j’ai tendance à sortir dans des bars 2 à 3 fois par semaine… Autant vous dire que je ne pars vraiment pas serein pour le Kilimandjaro !

J’ai donc choisi de me remettre à la course à pied: une à deux sorties de 10km par semaine, ayant comme idée que cela va me permettre d’arriver au sommet de l’Afrique : Le Kilimandjaro !

Le jour J arrive, et c’est après une quinzaine d’heures de vol (Paris – Amsterdam ; Amsterdam – Nairobi ; Nairobi – Arusha) que nous atterrissons à destination. La première journée a été consacrée à la rencontre des trois guides: Loï, Augustin et Habib et d’une vérification de notre matériel.

L’ascension du Kilimanjaro : histoire d’une épopée


Etape 2 : L’ascension du Kilimandjaro

Nous partons de bonne heure en direction de l’entrée du parc du Kilimandjaro. C’est à ce moment-là que nous faisons connaissance avec les 21 porteurs qui vont nous accompagner lors de l’aventure.

Note: Il faut savoir qu’aucun animal ne peut être utilisé lors de cette grimpée, toutes les affaires sont donc portées à dos d’homme. La législation Tanzanienne interdit aux porteurs d’avoir plus de 20 kgs de charge, ce qui explique le nombre de porteurs.

L’ascension du Kilimanjaro : histoire d’une épopée

Après quelques heures de route et un arrêt le temps de régler les pré-requis administratifs d’entrée dans le parc, nous voilà à pied. Réglage des sacs à dos, répartition du matériel, pause pipi et c’est parti !

Le début de l’ascension du Kilimandjaro par la voie Lemosho, commence dans une forêt relativement dense. Les premiers kilomètres permettent d’évaluer la vitesse de marche, commencer à casser les chaussures et prendre les bons réflexes tels que boire régulièrement. Je suis vite impressionné par la vitesse à laquelle montent les porteurs malgré le poids qu’ils ont sur le dos. La température est idéale, chacun progresse relativement rapidement.

L’ascension du Kilimanjaro : histoire d’une épopée

La première journée se termine après quelques heures de marche. C’est le moment pour moi de faire un premier bilan : j’ai encore mes deux jambes qui fonctionnent ! En effet cette première journée a permis à chacun de se rassurer et de relativiser sur la difficulté de cette aventure. Après tout, ce n’est que de la marche, non ?

L’arrivée au premier campus du Kilimandjaro nous permets de planter le décor et l’environnement dans lequel nous allons évoluer les prochains jours : une tente pour deux pour le couchage, et une autre plus grande pour les moments conviviaux. Cette tente principale est garnie de thé et pop-corn à notre arrivée (oui oui, du pop-corn !). On est en pleine forêt sans électricité ni eau courante, mais cela ressemble quand même fortement à du confort quatre étoiles. Pour chaque repas du soir un guide est avec nous afin de vérifier notre moral et notre bonne alimentation.

Le second jour est le premier vrai test puisqu’il s’agit de notre première vraie journée de marche. Le décor change, lui aussi, beaucoup. Nous sortons de cette forêt dense pour arriver dans un environnement où les arbres sont remplacés par des fougères et des arbustes. La marche est un peu plus rude, les dénivelés sont un peu plus importants. L’arrivée au second camp se fait en milieu d’après-midi sur un plateau entouré de montagnes, dont l’une bien plus haute que les autres. Le paysage est magnifique.

L’ascension du Kilimanjaro : histoire d’une épopée

A ma surprise (petit naïf que je suis), le réveil sur le Kilimandjaro se fait sous une bonne gelée matinale. La première heure est assez fraîche, et le petit déjeuner permet de préparer les corps et les esprits à la suite de l’aventure.

Les journées suivantes s’enchainent sur ce même rythme et toujours dans la bonne humeur. Les paysages commencent à ne plus être comparable à ce que j’ai l’habitude de voir, l’altitude se fait sentir et rend la progression plus difficile. Néanmoins, le premier réveil au-dessus des nuages est magique, continuant à rendre cette aventure unique et exceptionnelle.

L’ascension du Kilimanjaro : histoire d’une épopée

Arrivent les premières épreuves physiques. Je repense notamment à « Lava Tower », le premier passage à plus de 4 000 mètres d’altitude. Les maux de têtes arrivent et je comprends que je ne serai pas épargné. C’est précisément là où je réalise que le challenge va être plus corsé que ce que j’avais commencé à croire les jours précédents. J’essaye de m’adapter en buvant beaucoup, en pensant à ventiler et à garder un rythme cardiaque bas.

Lors de cette journée, je me rappelle également avoir dit à un porteur : « Ce soir, on chante et on danse quand on arrive au camp. ». En effet, l’équipe avait chanté dans le bus à l’aller et je voulais que nous partagions un moment de ce type avec eux. A la fin de cette rude étape, nous avons donc vu l’intégralité de l’équipe sortir de leurs tentes pour venir former un cercle et chanter des chansons locales avec nous. En voyant les sourires et en entendant les rires de chacun, nous avons ressenti avec quelle force les Africains arrivaient à positiver et être heureux.

La dernière étape arrive. Nous sommes maintenant au camp de base en prévision de l’ascension du sommet du Kilimandjaro. Arrivés en début d’après-midi, nous allons nous coucher pour un réveil à 23h. Un seul porteur nous accompagne en plus des trois guides pour bien nous encadrer, et parer à d’éventuels coups de fatigue de l’un d’entre nous. C’est un mélange d’appréhension et d’excitation que je ressens au moment de partir.

Nous avons une chance extraordinaire de pouvoir faire cette dernière ascension sous une lune pleine, rendant presque inutile l’utilisation des lampes frontales (qui avaient servi jusque-là à nous éclairer pour nos parties de UNO). Cette dernière étape est de seulement 5 km de long, mais avec un dénivelé de 1 300 mètres, et une arrivée finale à 5 985m. Il était prévu que nous arrivions au sommet du Kilimandjaro vers 8 heures du matin, et que nous soyons de retour au camp vers midi.

L’ascension du Kilimanjaro : histoire d’une épopée

Pour cette étape, nous avions tous revêtu nos vêtements les plus chauds pour parer au froid de la nuit. Nous sommes donc prêts à partir et je dois bien l’avouer c’est la seule fois où nous nous sommes rendus compte du nombre de personnes faisant cette aventure du Kilimandjaro. On apercevait les lampes frontales des marcheurs le long de la route, permettant également de se rendre compte du chemin restant.

Les heures passent petit à petit et le froid rend clairement la marche plus difficile. Les pauses se font plus fréquentes qu’à l’accoutumée, et nous prenons de temps en temps des gels sucrés pour nous donner un regain d’énergie. Je commence à voir que chacun à son tour commence à montrer des signes de fatigue. Denis tangue en marchant et se retrouve dans un état ou il fait des micro-siestes de quelques secondes entre deux virages pour se reposer. Nous commençons petit à petit à nous « zombifier » et n’avoir plus qu’une seule chose en tête : le sommet. Sur le moment je vois Gabrielle, Denis, mon oncle et mon cousin dans une fatigue intense, avec beaucoup de mal à progresser. Tous ont passé leurs sacs aux guides pour porteur. Je tiens à garder mon sac et arrive à me maintenir dans une forme relative, et j’ai l’impression que mon père gère complètement son effort. Il encadre Denis qui ne tient plus vraiment droit, va voir son frère pour s’assurer que tout se passe bien, etc.

Les minutes ressemblent plutôt à des heures, et le sommet du Kilimandjaro se fait de plus en plus loin. J’abandonne l’idée d’essayer de me réchauffer et commence à avoir très froid. La lune se cache et le soleil commence à se lever, mais beaucoup trop lentement à mon goût. On sait que l’on vit tous quelque chose d’extraordinaire, mais je ne suis pas sûr que l’on y prenne tous du plaisir sur l’instant. L’envie d’arriver au sommet se fait de plus en plus importante, les visages se ferment.


Kilimandjaro étape 3 : L’arrivée au sommet

Alors que nous commençons à apercevoir le sommet, je passe dans un état second où je ne pense plus qu’à une chose: mettre un pied devant l’autre. L’endroit où nous arrivons au niveau de la couronne du volcan est intitulé « Stella Point ». A ce moment la donne est changée, il ne nous reste plus qu’à contourner le volcan pour atteindre Uhuru Peak, et ses 5 985m. Pour autant, c’est également le moment où mon corps me lâche et où je commence à devenir incapable de me tenir sur mes jambes. Alors que je vois mes camarades avoir un regain d’énergie s’envoler vers le sommet, moi je n’ai qu’en tête de me reposer un peu et avoir chaud. Mon père reste avec moi le temps que je reprenne mes esprits et que mon corps arrête de trembler.

Impossible de dire si je suis resté là des minutes ou une heure. Mon père me motive pour que l’on reparte, et c’est avec lui que je vais atteindre le sommet ! Je réalise ce que l’on vient d’achever et j’apprécie ce qui nous entoure. L’impression que l’on a là-haut est juste unique, magique, époustouflante et en même temps si simple.

L’ascension du Kilimanjaro : histoire d’une épopée


Étape 4 : La descente

N’étant pas encore tout à fait à l’aise sur mes jambes, un guide et un porteur m’aident dans les premiers kilomètres de la descente. Cette sensation est très bizarre. J’avais l’impression d’être incapable de porter mon propre poids comme quelqu’un qui a beaucoup trop bu et que l’on aide à marcher, à l’exception près que j’étais pleinement conscient de ce qui m’arrivait.

Le retour au camp de base nous permet de nous reposer deux heures, avant de partir pour le camp qui nous hébergera pour notre de dernière nuit dans cette aventure. La dernière soirée au camp est également le moment de partager notre culture au groupe, en leur faisant goûter un produit que l’on boit beaucoup par chez nous : le Ricard. Leur réaction a été plutôt drôle : « C’est assez fade avec de l’eau, c’est meilleur sec ». Ils sont fous ces Tanzaniens. La dernière soirée est pleine de joie, mais nous ne tardons pas à nous écrouler dans nos tentes.

Le retour à la civilisation a été un peu compliqué pour nous tous, le temps de réaliser que c’était bien terminé et que nous venions de finir une épreuve qui allait nous marquer toute notre vie.

L’ascension du Kilimanjaro : histoire d’une épopée


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